McLeod
Artiste peintre, informaticien et scripteur.
2009-10-12
2009-09-22
2009-09-20
Le bain St-Michel
Le bain Saint-Michel c'est une piscine. De toute évidence. Du genre ancien, avec le carrelage de couleur douteuse et le vert et le drabe (je sais, c’est un anglicisme). Ce soir il n'y a pas d'eau dans la piscine mais six femmes dont certaines sont attablées sur une longue table. Sur les bords une petite foule les contemple.
Je suis dans la petite foule. Je remarque immédiatement Sylvette de l'autre côté de la fosse au plancher oblique. Ca doit faire vingt années que je ne l'ai pas vue. Depuis le temps des performances qu'elle nous offrait au Zénob. La femme qui est devant moi dégage, même à la distance d'une largeur de piscine, une aura de prestance et d'assurance. C'est probablement ce qui se passe quand les gens réalisent leurs rêves.
Au fond de la piscine une femme d'une soixantaine d'années est à créer un jardin. Elle amasse en chantant une lente mélopée un tas de terre et d'autre objets végétals pour créer un demi-cercle collé à la paroi. Une autre, vomi à intervalle un liquide vert qui forme une longue trainée le long de la pente. J'en aperçois une autre couchée sur un lit de sandwiches. Je devine le sujet, c’est évidement l’alimentation.
J’ai découvert le festival Viva par harsard, grâce à une amie qui me conseillait le site du journaliste Pat White pour connaître ce qui se passait en ville. Ce site fait maintenant partie de mes signets.
J’aime les performances. J’aime le fait qu’elles ne suivent aucune loi et ne simpose aucune limite. Elles sont parfois géniales, peuvent sembler quelquefois ridicules. Elles sont ce que nous comprenont ou ne comprenont pas de ce dont nous sommes témoins. Elles sont d’une liberté totale.
La jeune femme couchée sur le lit de sandwiches se lève lentement, fait un tas de la nourriture qu’elle compacte sous son corps. Elle porte finalement le tout à la table en prenant soin d’éviter la coulée verte qui découpe le fond de la piscine. Je tente de stopper mon cerveau qui cherche une explication à la scène que je contemple. Comme d’habitude c’est peine perdue.
À la fin de la performance je vais saluer mon amie Sylvette. Je savais d’elle qu’elle était à la direction du magazine d’art et d’opinion Esse mais j’ignorais qu’elle pratiquait la performance aux quatres coins de la planête tout en l’enseignant. Elle cumule expositions, résidences et honneurs en plus d’être une des trois commissaires de l’évènement orange qui se tient à Ste-Hyacinthe jusqu’au 25 octobre.
- J’ai vue sur Facebook que t’es maintenant à Montréal?
- Oui, depuis un an.
- Tu fais des expositions?
- Pas en ce moment.
J’évite les détails. J’évite de lui dire qu’en ce moment ce que je fais c’est me promener dans les rues de Montréal en écoutant de la musique sur mon baladeur. Que j’ai mis la peinture en veilleuse pour quelques mois. Que c’est le travail qui prime. Que j’ai hâte de vendre ma maison de St-Pierre pour m’installer comme il faut. Que j’ai payé trente dollars de taxi hier pour rentrer chez moi parceque j’avais le goût d’une poutine au canard du Barbare mais qu’il était trop tard. Que finalement j’en ai eu pour mon agent car j’ai entendu l’histoire d’un chauffeur de taxi qui parlait avec douceur.
- Vous savez, on ne dit plus créole maintenant, on dit haïtien.
- Et le destin, c’est quoi le mot en haïtien?
- Le destin? C’est le sort, le bon sort, le mauvais sort.
J’évite les détails. Ils sont trop nombreux. La vie va tellement vite qu’elle se mélange dans une grande lenteur. J’évite de lui dire que je ne serai probablement pas là pour la représentation de ce soir. Que je me sens comme un chien dans un jeu de quille et qu’à mon habitude je reviendrai plutôt demain ou plus tard dans la semaine, faire un petit tour, histoire de laisser tranquillement les quilles s’habituer à l’odeur du chien. Je ne passe pas assez inapercu.
J’évite les détails et je dis au revoir alors qu’elle s’éloigne avec un groupe d’étudiants et que je remets une bière à moitiée bue sur le comptoir et mes écouteurs dans mes oreilles par lesquels Jérôme Minière, Zero Seven et Kruder & Dorfmeister pénètrent dans ma tête, me prenne la main et me font descendre la rue St-Laurent.
Montréal est un grand jeu de quilles.
Vaut mieux que j’évite les détails… Pour ne pas jouer avec le sort...
Viva • www.vivamontreal.org/viva/
Pat White • http://www.patwhite.com/
Esse • http://www.esse.ca/
Évènement Orange www.expression.qc.ca/orange
Je suis dans la petite foule. Je remarque immédiatement Sylvette de l'autre côté de la fosse au plancher oblique. Ca doit faire vingt années que je ne l'ai pas vue. Depuis le temps des performances qu'elle nous offrait au Zénob. La femme qui est devant moi dégage, même à la distance d'une largeur de piscine, une aura de prestance et d'assurance. C'est probablement ce qui se passe quand les gens réalisent leurs rêves.
Au fond de la piscine une femme d'une soixantaine d'années est à créer un jardin. Elle amasse en chantant une lente mélopée un tas de terre et d'autre objets végétals pour créer un demi-cercle collé à la paroi. Une autre, vomi à intervalle un liquide vert qui forme une longue trainée le long de la pente. J'en aperçois une autre couchée sur un lit de sandwiches. Je devine le sujet, c’est évidement l’alimentation.
J’ai découvert le festival Viva par harsard, grâce à une amie qui me conseillait le site du journaliste Pat White pour connaître ce qui se passait en ville. Ce site fait maintenant partie de mes signets.
J’aime les performances. J’aime le fait qu’elles ne suivent aucune loi et ne simpose aucune limite. Elles sont parfois géniales, peuvent sembler quelquefois ridicules. Elles sont ce que nous comprenont ou ne comprenont pas de ce dont nous sommes témoins. Elles sont d’une liberté totale.
La jeune femme couchée sur le lit de sandwiches se lève lentement, fait un tas de la nourriture qu’elle compacte sous son corps. Elle porte finalement le tout à la table en prenant soin d’éviter la coulée verte qui découpe le fond de la piscine. Je tente de stopper mon cerveau qui cherche une explication à la scène que je contemple. Comme d’habitude c’est peine perdue.
À la fin de la performance je vais saluer mon amie Sylvette. Je savais d’elle qu’elle était à la direction du magazine d’art et d’opinion Esse mais j’ignorais qu’elle pratiquait la performance aux quatres coins de la planête tout en l’enseignant. Elle cumule expositions, résidences et honneurs en plus d’être une des trois commissaires de l’évènement orange qui se tient à Ste-Hyacinthe jusqu’au 25 octobre.
- J’ai vue sur Facebook que t’es maintenant à Montréal?
- Oui, depuis un an.
- Tu fais des expositions?
- Pas en ce moment.
J’évite les détails. J’évite de lui dire qu’en ce moment ce que je fais c’est me promener dans les rues de Montréal en écoutant de la musique sur mon baladeur. Que j’ai mis la peinture en veilleuse pour quelques mois. Que c’est le travail qui prime. Que j’ai hâte de vendre ma maison de St-Pierre pour m’installer comme il faut. Que j’ai payé trente dollars de taxi hier pour rentrer chez moi parceque j’avais le goût d’une poutine au canard du Barbare mais qu’il était trop tard. Que finalement j’en ai eu pour mon agent car j’ai entendu l’histoire d’un chauffeur de taxi qui parlait avec douceur.
- Vous savez, on ne dit plus créole maintenant, on dit haïtien.
- Et le destin, c’est quoi le mot en haïtien?
- Le destin? C’est le sort, le bon sort, le mauvais sort.
J’évite les détails. Ils sont trop nombreux. La vie va tellement vite qu’elle se mélange dans une grande lenteur. J’évite de lui dire que je ne serai probablement pas là pour la représentation de ce soir. Que je me sens comme un chien dans un jeu de quille et qu’à mon habitude je reviendrai plutôt demain ou plus tard dans la semaine, faire un petit tour, histoire de laisser tranquillement les quilles s’habituer à l’odeur du chien. Je ne passe pas assez inapercu.
J’évite les détails et je dis au revoir alors qu’elle s’éloigne avec un groupe d’étudiants et que je remets une bière à moitiée bue sur le comptoir et mes écouteurs dans mes oreilles par lesquels Jérôme Minière, Zero Seven et Kruder & Dorfmeister pénètrent dans ma tête, me prenne la main et me font descendre la rue St-Laurent.
Montréal est un grand jeu de quilles.
Vaut mieux que j’évite les détails… Pour ne pas jouer avec le sort...
Viva • www.vivamontreal.org/viva/
Pat White • http://www.patwhite.com/
Esse • http://www.esse.ca/
Évènement Orange www.expression.qc.ca/orange
Libellés :
Journal,
La culture c'est la santé,
Tranche de Mec
2009-05-31
Gang de rues
Publié dans l'édition du 25 mai du journal Métro.

François est content, il jubile, il me montre la petite carte qu’il vient de recevoir.
- Tu vois, il suffit de l’insérer ici.
Quelques secondes d’attentes, le voyant passe au vert, le Bixi se dégage facilement de son socle.
- Il y en a partout. Je m’en sers pour me promener sur l’heure du midi. T’as une demi-heure pour atteindre la prochaine borne. C’est génial!
François est heureux.
Moi aussi. Je pose un nouveau regard sur la ville depuis que je suis de retour à Montréal. Je travaille dans une des bâtisses de la cité de multimédia. J’habite à Verdun. Je vis au rythme des transports en commun. Je marche énormément. Le beau temps vient tout juste d’arriver et j’ai déjà le visage tout bronzé. J’arpente les rue du vieux Montréal tous les midis et je me délecte du mélange des architectures à chacune de mes promenades.
Lors de mon séjour précédent j’habitais sur le plateau et travaillais à Pointe-Claire. L’autoroute 40 était mon calvaire quotidien. Après sept années passées à l’extérieur de la ville, c’est maintenant que je la découvre.
- Il est un peu lourd mais pas trop. J’ai jamais eu de problème à trouver une borne libre.
- Hey, t’as vu?
Je lui fais remarquer que son rutilant Bixi a été "taggé". La bizarre signature couvre presque toute la barre du vélo.
Je n’aime pas les tags, en fait ce n’aime pas ces signatures laides qui couvrent presque toutes les surfaces imaginables des lieux publics. Je ne suis pas contre les artistes tagger qui font des immenses œuvres d’art colorées sous les autoroutes et autres endroits délaissés. Ces tags là je les aime. Ils mettent de la couleur sur les ratés de béton des infrastructures urbaines. Mais les signatures rapidement exécutées qui couvrent les planchers et les parois des rames du métro, les vitres des commerçants, toutes les surfaces possibles. Ces tags là je le considère comme des traces d’urine d’un animal qui marque son territoire. C’est souvent ce qu’elles sont, exécutées à la hâte pas les membres d’une gang de rue pour avertir les membres d’une bande rivale.
Pourtant il y a d’autres moyens de s’approprier sa ville. De faire preuve d’affirmation sans destruction.
- Tu vois, il suffit de l’insérer ici.
Quelques secondes d’attentes, le voyant passe au vert, le Bixi se dégage facilement de son socle.
- Il y en a partout. Je m’en sers pour me promener sur l’heure du midi. T’as une demi-heure pour atteindre la prochaine borne. C’est génial!
François est heureux.
Moi aussi. Je pose un nouveau regard sur la ville depuis que je suis de retour à Montréal. Je travaille dans une des bâtisses de la cité de multimédia. J’habite à Verdun. Je vis au rythme des transports en commun. Je marche énormément. Le beau temps vient tout juste d’arriver et j’ai déjà le visage tout bronzé. J’arpente les rue du vieux Montréal tous les midis et je me délecte du mélange des architectures à chacune de mes promenades.
Lors de mon séjour précédent j’habitais sur le plateau et travaillais à Pointe-Claire. L’autoroute 40 était mon calvaire quotidien. Après sept années passées à l’extérieur de la ville, c’est maintenant que je la découvre.
- Il est un peu lourd mais pas trop. J’ai jamais eu de problème à trouver une borne libre.
- Hey, t’as vu?
Je lui fais remarquer que son rutilant Bixi a été "taggé". La bizarre signature couvre presque toute la barre du vélo.
Je n’aime pas les tags, en fait ce n’aime pas ces signatures laides qui couvrent presque toutes les surfaces imaginables des lieux publics. Je ne suis pas contre les artistes tagger qui font des immenses œuvres d’art colorées sous les autoroutes et autres endroits délaissés. Ces tags là je les aime. Ils mettent de la couleur sur les ratés de béton des infrastructures urbaines. Mais les signatures rapidement exécutées qui couvrent les planchers et les parois des rames du métro, les vitres des commerçants, toutes les surfaces possibles. Ces tags là je le considère comme des traces d’urine d’un animal qui marque son territoire. C’est souvent ce qu’elles sont, exécutées à la hâte pas les membres d’une gang de rue pour avertir les membres d’une bande rivale.
Pourtant il y a d’autres moyens de s’approprier sa ville. De faire preuve d’affirmation sans destruction.

Il y a une petite place publique près de l’endroit où je travaille. Je fus surpris d’y voir à mon arrivé, un tas de linge laissé là, comme si un indigent avait été zappé par un rayon extra-terrestre ne laissant sur place que ses vêtements. La semaine suivante c’était un petit arbre planté dans un des trous de la bouche d’égout. Celle d’ensuite, c’était une suite de gants colorés accroché à la grille de fer qui sépare la petite place de l’immeuble voisin.
Ce n’est que plus tard, que je rencontrai Denis Munger, l’étrange artiste à la source de ces installations. Il étalait sur le sol de larges bandes colorées.
- J’ai un circuit, une douzaine d’endroits, toutes mes installations sont confectionnées à partir d’objets que je trouve et récupère.
- Vous devriez demander qu’on vous installe un socle, quelque chose pour informer que l’endroit est une galerie d’art en constant mouvement.
- Hors de question! Je proteste contre la surconsommation! Contre le gaspillage! Contre le fait que le béton gruge le milieu naturel!
Il est plus ou moins toléré. Généralement les installations retirées par les employés de la ville durant la fin de semaine. Pas besoin d’utiliser de jet de sable ou de peinture spéciale pour faire disparaitre les œuvres de Denis, simplement de ramasser les objets qu’il a savamment déposé sur la place. L’affaire d’une minute. Denis recommence la semaine suivante. Il de brise rien, n’inscrit pas son nom au canif ou à la peinture, il dépose des objets, simplement.
La ville c’est aussi des personnages qui la composent. Certains sont dangereux, d’autres sont amicaux. Munger tombe dans cette dernière catégorie. Au milieu de cet endroit où plusieurs d’entre nous évoluons en cravate et attaché case, accrochés à nos BlackBerry ou coupés du reste du monde par les écouteurs de nos Ipods, Denis recycle les sous-produits de notre vie.Car nous aussi sommes une gang de rue et trop souvent, laissons nos signatures éparses salir les espaces de notre ville.
McLeod Tremblay
www.zepeintre.blogspot.com
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Photos Claire Betis
2009-05-24
2009-03-22
Les grenouilles...
Le type à côté de moi est un vieux de la vieille. Cheveux gris, cravate, complet correct mais sans style. Le parfait vendeur d’assurance.
- Ouais, je sais comment ça marche. C’était sensiblement le même modèle chez la compagnie pour laquelle je travaillais avant.
Je suis assis à la première rangée, vers la gauche, c’est finalement à moi de donner mes impressions. Je me demande depuis un bon moment ce que je vais leur raconter. Heureusement le petit bonhomme qui dirige la session à commencé son interrogatoire vers la droite, ca me donne l’occasion d’inventer une réponse polie pour remplacer la véritable impression qui m’habite. C’est de la véritable merde.
- Heu… C’est un principe intéressant…
Je baragouine les mots qu’ils veulent entendre en me disant que dans quelques minutes je serais sorti de cette pièce et que je pourrai balayer cet évènement dans le classeur « Déchet à ne pas recycler, merde profonde, mauvais côté de l’humanité ».
Le groupe est bigarré. Plusieurs immigrants. Tout le monde est bien mis. Un jeune homme (je ne tombe plus dans cette catégorie) est assis dans un coin, très à l’aise et regarde le tout. Je me dis que lui aussi va foutre le camp de ce bureau dès que possible.
Le petit bonhomme nous a conté une jolie histoire dans laquelle il y avait un prince ou une princesse et beaucoup de grenouilles. La princesse ou le prince, selon le genre de l’auditoire, rencontraient beaucoup de grenouilles et les embrasaient. Mais voilà, les grenouilles ne se changeaient pas en princes ou princesse à la suite de l’embrassade mais en dollars. Pas beaucoup de dollars il faut bien dire. Ce n’étaient pas des grenouilles bien riches, des grenouilles de petits emplois, mais quand même, quelques dollars par grenouille quand il y a beaucoup de grenouilles ça fait un jolie magot.
Être prince ou princesse dans ce genre de conte n’est pas un travail très exigeant. Vous n’avez pas à fouiller partout pour trouver vos grenouilles, elles vous sont offertes par leurs syndicats, leurs organisations. Vous vous retrouvez avec un paquet de noms de grenouilles que vous devez visitez pour leur vanter les mérites d’une assurance à la hauteur de leur faibles moyens. Ce ne sont pas des grenouilles bien riches, ce sont de toutes petites grenouilles. Les plans sont adaptés en fonction de leur état. Des petites sommes qui permettent de prendre soin des bébés grenouilles si quelque chose tourne mal.
À la base le principe n’est pas si mauvais. Les primes aux grenouilles sont intéressantes si on considère le faible moyen de nos petites grenouilles. Je me surprends même à me demander comment tout cela peut tenir la route financièrement. L’avenir me prouvera que cela ne tient tout simplement pas la route.
Être prince ou princesse est un travail très rémunérateur. Surtout si on s’occupe de sous-princes et de sous-princesses qui ne sont encore expérimentés dans le baiser de grenouilles. Les formateurs reçoivent une partie des dollars ramassés par les apprentis. Nous avons mêmes droit à aux récits de certaines princesses et princes qui font joliment le million sans avoir à embrasser quoique ce soit…
J’ai un étrange sentiment de déjà-vu. Dans les années quatre-vingt un amis m’avait invité pour un « Diner d’affaire ». Je n’avais ni l’âge ni l’allure des « affaires » mais j’y étais allé. L’ami en question m’avait proposé de joindre les rangs de la grande famille Amway… J’ai raconté quelque chose, du genre n’importe-quoi, prétextant un autre rendez-vous pour supporter ma superbe envie de foutre le camp… Je préfère considérer les structures pyramidales comme de belles constructions égyptiennes que des modèles de rendement…
Le petit bonhomme continue avec son histoire. Il nous fait miroiter des lendemains où les autres travailleront pour nous. Plus même besoin d’embrasser de grenouilles, les sous-princes et sous-sous-princes ou princesses font les bécots à notre place.
Ca ne fonctionne pas. Mon vieux cerveau d’informaticien constate que le système est défaillant. Un genre de patente qui ne peut fonctionner que dans un mouvement de croissance. Ce n’est tout simplement pas… équilibré.
Je laisse le petit bonhomme palabrer sachant depuis longtemps que je ne deviendrai pas un prince charmant. Je vais rester une grenouille et il faudra que je m’embrasse moi-même pour y changer quelque chose… Et encore… J’ignore quoi je vais me métamorphoser… Ca commence déjà d’ailleurs…
À la fin du conte on nous dit que les candidats les plus intéressants vont être appelés. Je sais bien que je vais être appelé. Je le sais depuis le début de l’entrevue préparatoire qu’une gentille jeune femme m’a fait subir.
- On a beaucoup de places à combler. La compagnie s’implante au Québec via les syndicats et au Québec, ça ne manque pas les syndicats.
Je me dis qu’ils ont été mal avisés les syndicats. Ou encore qu’ils ne sont pas au courant des schèmes de rémunération des princes et princesses qui vont embrasser leurs petites grenouilles. Anyway, c’est leur problème….
Le sors avec un paquet de documentation que je vais mettre au recyclage une fois rendu à la maison.
C’était le printemps dernier, je me souviens d’une tempête qui s’est déclenchée au moment même ou je quittais l’immeuble. Il ventait tellement qu’il était impossible d’ouvrir la porte de l’extérieur si celle de l’intérieur de l’entrée vitrée ne l’était pas. La pluie s’est mise à tomber sur moi comme si le ciel voulait me laver des conneries que j’avais entendues.
Le lendemain j’avais un message sur mon cellulaire pour m’avertir que j’avais le job. Je laisse un message pour avertir que le baiser de la grenouille ne m’intéresse pas. Pas dans ces mots, vous l’aurez deviné, je dis que je ne pense pas être fait pour devenir vendeur, ce qui n’est pas faux, malgré que je sais très bien vendre quelque chose auquel je crois. Mais je ne crois pas aux princes et aux princesses.
Je crois aux grenouilles.
Ah oui, si vous vous demander qu’elle était cette compagnie de conte de fées.
Je vous répondrai par trois lettres…
AIG
- Ouais, je sais comment ça marche. C’était sensiblement le même modèle chez la compagnie pour laquelle je travaillais avant.
Je suis assis à la première rangée, vers la gauche, c’est finalement à moi de donner mes impressions. Je me demande depuis un bon moment ce que je vais leur raconter. Heureusement le petit bonhomme qui dirige la session à commencé son interrogatoire vers la droite, ca me donne l’occasion d’inventer une réponse polie pour remplacer la véritable impression qui m’habite. C’est de la véritable merde.
- Heu… C’est un principe intéressant…
Je baragouine les mots qu’ils veulent entendre en me disant que dans quelques minutes je serais sorti de cette pièce et que je pourrai balayer cet évènement dans le classeur « Déchet à ne pas recycler, merde profonde, mauvais côté de l’humanité ».
Le groupe est bigarré. Plusieurs immigrants. Tout le monde est bien mis. Un jeune homme (je ne tombe plus dans cette catégorie) est assis dans un coin, très à l’aise et regarde le tout. Je me dis que lui aussi va foutre le camp de ce bureau dès que possible.
Le petit bonhomme nous a conté une jolie histoire dans laquelle il y avait un prince ou une princesse et beaucoup de grenouilles. La princesse ou le prince, selon le genre de l’auditoire, rencontraient beaucoup de grenouilles et les embrasaient. Mais voilà, les grenouilles ne se changeaient pas en princes ou princesse à la suite de l’embrassade mais en dollars. Pas beaucoup de dollars il faut bien dire. Ce n’étaient pas des grenouilles bien riches, des grenouilles de petits emplois, mais quand même, quelques dollars par grenouille quand il y a beaucoup de grenouilles ça fait un jolie magot.
Être prince ou princesse dans ce genre de conte n’est pas un travail très exigeant. Vous n’avez pas à fouiller partout pour trouver vos grenouilles, elles vous sont offertes par leurs syndicats, leurs organisations. Vous vous retrouvez avec un paquet de noms de grenouilles que vous devez visitez pour leur vanter les mérites d’une assurance à la hauteur de leur faibles moyens. Ce ne sont pas des grenouilles bien riches, ce sont de toutes petites grenouilles. Les plans sont adaptés en fonction de leur état. Des petites sommes qui permettent de prendre soin des bébés grenouilles si quelque chose tourne mal.
À la base le principe n’est pas si mauvais. Les primes aux grenouilles sont intéressantes si on considère le faible moyen de nos petites grenouilles. Je me surprends même à me demander comment tout cela peut tenir la route financièrement. L’avenir me prouvera que cela ne tient tout simplement pas la route.
Être prince ou princesse est un travail très rémunérateur. Surtout si on s’occupe de sous-princes et de sous-princesses qui ne sont encore expérimentés dans le baiser de grenouilles. Les formateurs reçoivent une partie des dollars ramassés par les apprentis. Nous avons mêmes droit à aux récits de certaines princesses et princes qui font joliment le million sans avoir à embrasser quoique ce soit…
J’ai un étrange sentiment de déjà-vu. Dans les années quatre-vingt un amis m’avait invité pour un « Diner d’affaire ». Je n’avais ni l’âge ni l’allure des « affaires » mais j’y étais allé. L’ami en question m’avait proposé de joindre les rangs de la grande famille Amway… J’ai raconté quelque chose, du genre n’importe-quoi, prétextant un autre rendez-vous pour supporter ma superbe envie de foutre le camp… Je préfère considérer les structures pyramidales comme de belles constructions égyptiennes que des modèles de rendement…
Le petit bonhomme continue avec son histoire. Il nous fait miroiter des lendemains où les autres travailleront pour nous. Plus même besoin d’embrasser de grenouilles, les sous-princes et sous-sous-princes ou princesses font les bécots à notre place.
Ca ne fonctionne pas. Mon vieux cerveau d’informaticien constate que le système est défaillant. Un genre de patente qui ne peut fonctionner que dans un mouvement de croissance. Ce n’est tout simplement pas… équilibré.
Je laisse le petit bonhomme palabrer sachant depuis longtemps que je ne deviendrai pas un prince charmant. Je vais rester une grenouille et il faudra que je m’embrasse moi-même pour y changer quelque chose… Et encore… J’ignore quoi je vais me métamorphoser… Ca commence déjà d’ailleurs…
À la fin du conte on nous dit que les candidats les plus intéressants vont être appelés. Je sais bien que je vais être appelé. Je le sais depuis le début de l’entrevue préparatoire qu’une gentille jeune femme m’a fait subir.
- On a beaucoup de places à combler. La compagnie s’implante au Québec via les syndicats et au Québec, ça ne manque pas les syndicats.
Je me dis qu’ils ont été mal avisés les syndicats. Ou encore qu’ils ne sont pas au courant des schèmes de rémunération des princes et princesses qui vont embrasser leurs petites grenouilles. Anyway, c’est leur problème….
Le sors avec un paquet de documentation que je vais mettre au recyclage une fois rendu à la maison.
C’était le printemps dernier, je me souviens d’une tempête qui s’est déclenchée au moment même ou je quittais l’immeuble. Il ventait tellement qu’il était impossible d’ouvrir la porte de l’extérieur si celle de l’intérieur de l’entrée vitrée ne l’était pas. La pluie s’est mise à tomber sur moi comme si le ciel voulait me laver des conneries que j’avais entendues.
Le lendemain j’avais un message sur mon cellulaire pour m’avertir que j’avais le job. Je laisse un message pour avertir que le baiser de la grenouille ne m’intéresse pas. Pas dans ces mots, vous l’aurez deviné, je dis que je ne pense pas être fait pour devenir vendeur, ce qui n’est pas faux, malgré que je sais très bien vendre quelque chose auquel je crois. Mais je ne crois pas aux princes et aux princesses.
Je crois aux grenouilles.
Ah oui, si vous vous demander qu’elle était cette compagnie de conte de fées.
Je vous répondrai par trois lettres…
AIG
2009-03-15
Rez-de-chaussée
Un café et une cigarette. Un bout de route sur la rue St-Catherine, à gauche à Berry, en gauche encore pour atteindre le stationnement. Hop, la carte de crédit pour obtenir le droit d’entreposer la Batmobile (remplaçante de la vieille dame). Hop encore sur le bouton de l’ascenseur pour monter au rez-de-chaussée. Pourquoi « Rez-de-chaussée ». Ça veut dire quoi « Rez » ? Je laisse cette pensée fondre et rejoindre la poussière qui tapisse le fond de mon cerveau.
Je ne fais pas déclencher le système d’alarme en entrant. C’est bien normal. Il n’y aurait aucune raison qu’il en soit autrement. Mais idiotement j’ai toujours un peu peur de faire déclencher les systèmes d’alarmes. Un jour il y aura peut-être des détecteurs à « penseurs perdus ». Ceux-là je ne pourrai pas passer au travers. Je vais les déclencher à tue-tête. Les lumières rouges vont s’allumer et l’alarme va concentrer le reste de l’univers sur le pauvre type qui passe la barrière.
Exactement ce que je ne veux pas.
Je commence par retourner les trois volumes que j’avais empruntés. Ensuite je vais patauger dans les eaux troubles de la littérature. Je ramasse finalement une édition de nouvelles de Maupassant à la bibliothèque de la pléiade. Les volumes de la pléiades sont de format agréable et leur fin papier condense la brique de 1600 pages en un ensemble compacte, propres aux lectures buissonnières, en tout lieux et occasions.
Je me dirige ensuite vers une section plus contemporaine afin d’y cueillir le premier tome d’une série que je me promettais d’avaler depuis longtemps, « La tour sombre » de Stephen King. J’espère y trouver de cette essence que je préfère chez King, ce parfum de réalité dans une écriture simple et directe qui fait que l’horreur s’installe sur un paysage du plus naturel. Mais il s’agit là, je crois, d’une série de science fiction. Espérons que l’auteur a su donner dans ce genre, comme c’est le cas de l’autre, quelque chose de bon.
Je termine ma petite aventure par une montée à l’étage des sciences sociales et de la psychologie. Je trouve facilement un volume de ces éditions d’un autre âge, pourtant pas si lointain, au tiers du siècle qui m’a vu naitre, et qui me sont si chers. On avait à l’époque l’art de parler psychologie et ésotérisme d’une facture tout à fait romanesque comme si l’empreinte des classiques teintait tout ce qui s’écrivait de sérieux.
Je retourne finalement au rez-de-chaussée pour y officialiser mes trouvailles.
« Rez-de-chaussée » mais d’où vient cette expression? Wikipédia, trop contemporaine, m’informe que « Rez » est un jeu vidéo sorti sur consoles Dreamcast et Playstation 2 en 2001. Je doute fort que ce fait soit à l’origine de l’expression. C’est finalement le centre national de ressources textuelles et lexicales (http://www.cnrtl.fr/) qui me prodigue la réponse et me confirme qu’il aurait fallu que la console de jeu fusse d’usage courant vers la fin du 12ième siècle pour qu’elle pu y être pour quoique ce soit…
Étymol. et Hist. Ca 1170 res a res « tout contre, au niveau de » (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 936: res a res de la coisfe blanche); 1176-81 a res de (Id., Chevalier Lion, éd. M. Roques, 950: a res del dos); ca 1245 rès « au ras de » (Philippe Mousket, Chron., éd. Reiffenberg, 4929: lor lances rès tière copèrent). De l'adj. a. fr. res « rempli à ras bords », issu du lat. rasus, part. passé de radere « raser; raboter; toucher en passant, effleurer » (cf. ras3, raser).
Et puis c’est le retour à la maison, tout simplement.
En passant, nous habitons au troisième étage. Au rez-de-chaussée réside le propriétaire et si nous devions, en ce bas monde, prendre les étages selon le statut qui nous convient, je crois qu’il aurait été tout à fait à sa place ou même encore plus bas. Je conviens qu’il est inutile et fat de juger les hommes et il n’est pas selon mon habitude de le faire. Mais je pense qu’il est pertinent de les classer selon les sentiments qu’ils nous suggèrent et le respect qu’ils évoquent ou non en nous.
À ce titre et d’un point de vue tout à fait personnel, parce que qu’il me semble que le respect attire chez l’autre le même sentiment et que l’inverse en fait tout autant pour le contraire…
…j’estime que l’usage du sous-sol aurait été, ma foi, fort appropriée.
McLeod
Je ne fais pas déclencher le système d’alarme en entrant. C’est bien normal. Il n’y aurait aucune raison qu’il en soit autrement. Mais idiotement j’ai toujours un peu peur de faire déclencher les systèmes d’alarmes. Un jour il y aura peut-être des détecteurs à « penseurs perdus ». Ceux-là je ne pourrai pas passer au travers. Je vais les déclencher à tue-tête. Les lumières rouges vont s’allumer et l’alarme va concentrer le reste de l’univers sur le pauvre type qui passe la barrière.
Exactement ce que je ne veux pas.
Je commence par retourner les trois volumes que j’avais empruntés. Ensuite je vais patauger dans les eaux troubles de la littérature. Je ramasse finalement une édition de nouvelles de Maupassant à la bibliothèque de la pléiade. Les volumes de la pléiades sont de format agréable et leur fin papier condense la brique de 1600 pages en un ensemble compacte, propres aux lectures buissonnières, en tout lieux et occasions.
Je me dirige ensuite vers une section plus contemporaine afin d’y cueillir le premier tome d’une série que je me promettais d’avaler depuis longtemps, « La tour sombre » de Stephen King. J’espère y trouver de cette essence que je préfère chez King, ce parfum de réalité dans une écriture simple et directe qui fait que l’horreur s’installe sur un paysage du plus naturel. Mais il s’agit là, je crois, d’une série de science fiction. Espérons que l’auteur a su donner dans ce genre, comme c’est le cas de l’autre, quelque chose de bon.
Je termine ma petite aventure par une montée à l’étage des sciences sociales et de la psychologie. Je trouve facilement un volume de ces éditions d’un autre âge, pourtant pas si lointain, au tiers du siècle qui m’a vu naitre, et qui me sont si chers. On avait à l’époque l’art de parler psychologie et ésotérisme d’une facture tout à fait romanesque comme si l’empreinte des classiques teintait tout ce qui s’écrivait de sérieux.
Je retourne finalement au rez-de-chaussée pour y officialiser mes trouvailles.
« Rez-de-chaussée » mais d’où vient cette expression? Wikipédia, trop contemporaine, m’informe que « Rez » est un jeu vidéo sorti sur consoles Dreamcast et Playstation 2 en 2001. Je doute fort que ce fait soit à l’origine de l’expression. C’est finalement le centre national de ressources textuelles et lexicales (http://www.cnrtl.fr/) qui me prodigue la réponse et me confirme qu’il aurait fallu que la console de jeu fusse d’usage courant vers la fin du 12ième siècle pour qu’elle pu y être pour quoique ce soit…
Étymol. et Hist. Ca 1170 res a res « tout contre, au niveau de » (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 936: res a res de la coisfe blanche); 1176-81 a res de (Id., Chevalier Lion, éd. M. Roques, 950: a res del dos); ca 1245 rès « au ras de » (Philippe Mousket, Chron., éd. Reiffenberg, 4929: lor lances rès tière copèrent). De l'adj. a. fr. res « rempli à ras bords », issu du lat. rasus, part. passé de radere « raser; raboter; toucher en passant, effleurer » (cf. ras3, raser).
Et puis c’est le retour à la maison, tout simplement.
En passant, nous habitons au troisième étage. Au rez-de-chaussée réside le propriétaire et si nous devions, en ce bas monde, prendre les étages selon le statut qui nous convient, je crois qu’il aurait été tout à fait à sa place ou même encore plus bas. Je conviens qu’il est inutile et fat de juger les hommes et il n’est pas selon mon habitude de le faire. Mais je pense qu’il est pertinent de les classer selon les sentiments qu’ils nous suggèrent et le respect qu’ils évoquent ou non en nous.
À ce titre et d’un point de vue tout à fait personnel, parce que qu’il me semble que le respect attire chez l’autre le même sentiment et que l’inverse en fait tout autant pour le contraire…
…j’estime que l’usage du sous-sol aurait été, ma foi, fort appropriée.
McLeod
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